A lire et à relire
La revue Médiévales présente dans son n° 49 (automne 2005) un dossier captivant sur la formation des territoires paroissiaux. Depuis une dizaine d'années une nouvelle génération de chercheurs relit les textes médiévaux et les confronte avec les données de l'archéologie.
- Michel Lauwers montre que le mot parrochia n'acquiert le sens de territoire d'une église que tardivement et progressivement, entre IXème et le XIIème.
- John Blair constate de fortes similitudes dans la formation des paroisses en Angleterre et en France du nord de
- Hélène Noizet (pour Tours), François Comte et Emmanuel Grélois (pour Angers et Clermont), décrivent la formation du réseau des paroisses urbaines entre le XIème et le XIIIème.
- Florent Hautefeuille analyse les rapports complexes et mouvants entre les églises, les territoires, les bénéfices ecclésiastiques et les habitats dans le Quercy du Xème au XVème.
- Samuel Leturq prouve que les communautés agraires, qui s'organisent pour gérer un terroir (assolement, pacage, utilisation des communaux, entretien des chemins, paiement des redevances) sont distinctes des communautés paroissiales.
- Elisabeth Zadora-Rio va encore plus loin en démontrant que la notion de limite territoriale est restée floue dans nos campagnes jusqu'à la fin du XVIIIème.
Une lecture rafraîchissante, très nutritive, incontournable pour les amateurs d'histoire médiévale : les questions posées sont judicieuses, les méthodes de travail exemplaires, les faits solidement établis. Chacun des articles ouvre des horizons nouveaux. Après cela, on ne peut plus envisager l'histoire locale de la même manière. Il va falloir tâcher de suivre les écrits de ces auteurs-là.
Il faut aussi mesurer l'ampleur de ce chantier de démolition. Des idées admises depuis plus d'un siècle se trouvent brutalement jetées au feu : la notion de territoires délimités, la permanence des habitats, la pérennité des structures antiques, l'histoire de la grande paroisse mérovingienne et de sa décomposition progressive ... Les vieux maîtres sont condamnés sans rémission, aussi bien les grands ancêtres : Fustel de Coulanges, d'Arbois de Jubainville, Imbart de
Peut-être vaut-il mieux ne pas adhérer aveuglément aux conclusions présentées : il s’agit aussi de présupposés. Nous avons affaire à une école de pensée, extraordinairement féconde, mais qui a ses limites.
- Il est un peu dangereux de se fonder sur un échantillon d'exemples choisis pour en inférer une vérité générale.
- Les évolutions décrites ne sont pas insérées dans leur contexte historique, ni comparées aux situations antérieures. Si l'église, à partir de la décadence carolingienne, s'intéresse aux territoires et à leurs limites, alors qu'elle avait évité de le faire auparavant, c'est peut-être une conséquence de la féodalisation de la société. Les gens des époques antérieures savaient aussi à quelle église ils devaient aller, et payer des redevances. Il existait fatalement des cadres qui structuraient les communautés et les territoires, même s'ils étaient différents de ce qui a suivi.
- Si la délimitation des paroisses du Xème au XVème apparaît comme un bricolage mouvant et approximatif, c'est au fond le lot de tout tissu vivant. Les gens du moyen-âge n'avaient pas la rigueur cartésienne des constituants de 1789, ils n'en vivaient pas moins dans un monde organisé.
