notes de lecture

Lundi 3 juillet 2006

A lire et à relire

 

La revue Médiévales présente dans son n° 49 (automne 2005) un dossier captivant sur la formation des territoires paroissiaux. Depuis une dizaine d'années une nouvelle génération de chercheurs relit les textes médiévaux et les confronte avec les données de l'archéologie.

 

- Michel Lauwers montre que le mot parrochia n'acquiert le sens de territoire d'une église que tardivement et progressivement, entre IXème et le XIIème.

- John Blair constate de fortes similitudes dans la formation des paroisses en Angleterre et en France du nord de la Loire aux Xème-XIème.

- Hélène Noizet (pour Tours), François Comte et Emmanuel Grélois (pour Angers et Clermont), décrivent la formation du réseau des paroisses urbaines entre le XIème et le XIIIème.

- Florent Hautefeuille analyse les rapports complexes et mouvants entre les églises, les territoires, les bénéfices ecclésiastiques et les habitats dans le Quercy du Xème au XVème.

- Samuel Leturq prouve que les communautés agraires,  qui s'organisent pour gérer un terroir  (assolement, pacage, utilisation des communaux, entretien des chemins, paiement des redevances) sont distinctes des communautés paroissiales.

- Elisabeth Zadora-Rio va encore plus loin en démontrant que la notion de limite territoriale est restée floue dans nos campagnes jusqu'à la fin du XVIIIème.  

 

  Une lecture rafraîchissante, très nutritive, incontournable pour les amateurs d'histoire médiévale : les questions posées sont judicieuses, les méthodes de travail exemplaires, les faits solidement établis. Chacun des articles ouvre des horizons nouveaux.  Après cela, on ne peut plus envisager l'histoire locale de la même manière. Il va falloir tâcher de suivre les écrits de ces auteurs-là.

 

  Il faut aussi mesurer l'ampleur de ce chantier de démolition.  Des idées admises depuis plus d'un siècle se trouvent brutalement jetées au feu : la notion de territoires délimités, la permanence des habitats, la pérennité des structures antiques, l'histoire de la grande paroisse mérovingienne et de sa décomposition progressive ... Les vieux maîtres sont condamnés sans rémission, aussi bien les grands ancêtres : Fustel de Coulanges, d'Arbois de Jubainville, Imbart de la Tour, Camille Jullian, l'abbé Chaume, que les chercheurs de la génération précédente : Michel Aubrun, William Berry ..

 

  Peut-être vaut-il mieux ne pas adhérer aveuglément aux conclusions présentées : il s’agit  aussi de présupposés. Nous avons affaire à une école de pensée, extraordinairement féconde, mais qui a ses limites. 

  - Il est un peu dangereux de se fonder sur un échantillon d'exemples choisis pour en inférer une vérité générale.

 - Les évolutions décrites ne sont pas insérées dans leur contexte historique, ni comparées aux situations antérieures. Si l'église, à partir de la décadence carolingienne, s'intéresse aux territoires et à leurs limites, alors qu'elle avait évité de le faire auparavant, c'est peut-être une conséquence  de la féodalisation de la société. Les gens des époques antérieures savaient aussi à quelle église ils devaient aller, et payer des redevances.  Il existait fatalement des cadres qui structuraient les communautés et les territoires, même s'ils étaient différents de ce qui a suivi.

  - Si la délimitation des paroisses du Xème au XVème apparaît comme un  bricolage mouvant et approximatif, c'est au fond le lot de tout tissu vivant. Les gens du moyen-âge n'avaient pas la rigueur cartésienne des constituants de 1789, ils n'en vivaient pas moins dans un monde organisé.

   Gageons que d'ici une vingtaine d'années une nouvelle génération de chercheurs montera à l'assaut de celle-ci, et démolira son œuvre au nom de la pérennité retrouvée.

Par François Vareille
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Mercredi 1 novembre 2006
A lire pour se renouveler un peu les idées


Le site http://www.ccsd.cnrs.fr/ a entrepris de publier en ligne des travaux de recherche.

 Parmi ces travaux, une thèse de doctorat passée par Pierre Ouzoulias à l’Université de Franche-Comté : « L’économie agraire de la Gaule : aperçus historiographiques et perspectives archéologiques » (deux fichiers .PDF :  le texte = 50 MO, annexes et planches = 100 MO)




  Les trois premiers chapitres sont une critique épistémologique des idées émises depuis trois siècles au sujet du monde rural antique en général et gallo-romain en particulier. Très profond, mais un peu longuet.

 Ceux que l’histoire des idéologies ne passionne pas pourront passer directement à la partie constructive de la thèse : le chapitre IV (pages 165-250) "pour une archéologie de l'économie agraire gallo-romaine.

 Après avoir démoli les écrits de tous ses prédécesseurs, y compris les plus récents, Pierre Ouzoulias se lance à son tour. Il élabore une démarche heuristique sur l’organisation et fonctionnement de l'économie agraire gauloise. Il a le mérite d’essayer de proposer un tableau d’ensemble à l’aide des maigres données disponibles, éparses et fragmentaires, et d’outils statistiques trouvés chez des économistes de l’agriculture.


 Quelques-unes de ses conclusions ?

- la grande exploitation latifundiaire et la petite exploitation familiale ont toujours coexisté. Elles n’ étaient pas antinomiques, mais complémentaires.

- l’esclavage a été un phénomène sinon marginal, du moins limité.

- En dépit de l’apparition puis de la disparition spectaculaires des grandes villas, il n’y a pas lieu de postuler de rupture décisive dans l’économie agraire depuis l’âge de la Tène jusqu’au début de l’âge féodal. On aurait plutôt affaire à un système relativement stable à évolution lente, s’adaptant tant bien que mal aux convulsions de l’histoire.


 Une tentative de synthèse réjouissante et percutante,  qui me rappelle un peu l’extraordinaire  « Histoire économique et sociale de l'Empire romain »  de Rostovtzeff  (1926, collection bouquins).





 Pour donner un aperçu de la démarche heuristique de l'auteur, voici quelques tableaux chiffrés recueillis au début du chapitre IV :



Tableau 1 : Ration calorique de la famille type

Homme adulte                                3 500 kcal
Femme adulte                                2 500 kcal
Homme âgé                                     2 500 kcal
Femme âgée                                   2 000 kcal
Homme jeune                                 3 000 kcal
Femme jeune                                 2 500 kcal
Ration totale journalière          16 000 kcal
Ration totale annuelle         5 840 000 kcal



Tableau 6 : Apport calorique des céréales. Poids et volume nécessaires pour une ration annuelle théorique de 5 840 000 kcal

Valeur calorique pour 1 kg
Poids de céréale pour la famille type pendant un an
Volume de céréale pour la famille type pendant un an
Blé vêtu                      2 625 kcal ≈ 2 225 kg ≈ 49 hl
Blé vêtu mondé        3 750 kcal ≈ 1 557 kg ≈ 21 hl
Blé nu                          3 420 kcal ≈ 1 708 kg ≈ 23 hl
Orge vêtu                   2 826 kcal ≈ 2 067 kg ≈ 37 hl
Orge vêtu mondé     3 108 kcal ≈ 1 879 kg ≈ 25 hl



Tableau 7 : Volume en hectolitre de la semence de blé nu par hectare (hl/ha)

Varron                                  1,7
Pline                                      1,3 à 2
Columelle                             1,3 à 1,7
Égypte                                  1,5
Angleterre XIIIe s.           1,8
Artois XIVe s.                     1,4
Sicile1650-1760                  2 à 2,4
Larousse agricole 1921    1,8 à 2,8



Tableau 9 : Récapitulatif des données utilisées pour l’estimation de la surface emblavée

Rapport Semis Rendement brut
Rendement moins la semence
Volume de la ration annuelle
Volume total produit
Poids total produit
Surface emblavée
Blés nus      5 pour 1    1,5 hl/ha   7,5 hl/ha     6 hl/ha       23 hl    28,7 hl     2 156 kg ≈ 4 ha
Blés vêtus  4 pour 1    3,4 hl/ha  13,6 hl/ha   10,2 hl/ha  49 hl    65,3 hl     2 940 kg ≈ 5 ha



Tableau 10 : Estimation de la surface théorique emblavée et cultivée minimale

Surface emblavée   Surface emblavée + jachère     Surface en prairie     Surface totale
    de 4 ha à 5 ha             de 8 ha à 10 ha                           de 1 ha à 2 ha            de 9 ha à 12 ha



Tableau 12 : Configuration de l’exploitation théorique

Surface emblavée     Surface en jachère     Surface en prairie      Surface totale cultivée
  de 8 ha à 10 ha           de 8 ha à 10 ha               de 1 ha à 2 ha           de 17 ha à 22 ha



Tableau 13 : Estimation des quantités de céréales produites

                      Ration annuelle     Volume total produit     Poids total produit
Blés nus               23 hl                      57,4 hl                              4 312 kg
Blés vêtus           49 hl                     130,6 hl                             5 880 kg

Par François Vareille
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Jeudi 2 novembre 2006
 
à lire

Nicolas THOMAS a déposé sur http://halshs.archives-ouvertes.fr/ son étude sur les creusets mellois : Quand Melle enterrait ses métallurgistes - Apports et limites de l’étude des creusets.
(fichier .pdf de 21 pages = 1 MO)


un exemple de creuset mellois

  Il a travaillé sur une collection d’une trentaine de creusets, trouvés à l’intérieur de sépultures du bas moyen-âge (contexte des XII°-XIV°), dans les cimetières de Saint-Hilaire et de Saint-Pierre de Melle, ainsi que de Notre-Dame de Niort, analysant la composition du lut et des dépôts, en particulier métalliques.

  Ses analyses physico-chimiques ne lui permettent pas de déterminer formellement le type de production métallurgique à laquelle ont servi les creusets (probablement des petits objets en laiton). Il existe en effet quelques détails surprenants, en particulier des traces d’argent infiltré dans la pâte des creusets.


observation détaillée d'un fragment par Nicolas Thomas


  Il me semble que cette étude tend à confirmer l’opinion ancienne des fouilleurs de notre association : considérant qu’il existe à Melle une rue des épingliers, et qu’on rencontre dans des sépultures de même contexte historique des épingles de linceul à la surface apparemment argentée, ils en ont conclu que les métallurgistes mellois du bas moyen-âge produisaient avant tout des épingles argentées.

 Il est naturellement tentant de chercher une filiation entre cette corporation d’épingliers des XII°-XIV° et les métallurgistes de l’argent destiné la monnaie carolingienne des VIII°-X°. Mais, comme le fait remarquer fort justement Nicolas Thomas, il existe pour l’instant entre ces deux métallurgies un hiatus chronologique d’un ou deux siècles. Espérons qu’un jour ou l’autre de nouvelles découvertes permettront de combler cette lacune.
Par Archéospéléo du Mellois
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Samedi 4 novembre 2006
(Désolé, les liens hypertextes ne passent pas pour une raison qui m'échappe. Pour récupérer
une adresse internet il suffit de la copier/coller dans la fenêtre adresses)

-oOo-

Les textes réglementaires régissant l'archéologie en France :

http://www.archeodroit.net/html/reglementation.html

-oOo-

 Annuaires de l’archéologie en Poitou-Charentes, adresses utiles et sites internet :

http://www.archeophile.com/rwreg_19-poitou-charentes.htm
http://www.interpc.fr/mapage/billaud/adresses.htm

-oOo-

 Le site de Jacques Dassié (prospection aérienne de la Gironde au Mellois) :
http://www.archaero.com/index.html

-oOo-

 L’INRAP  http://www.inrap.fr/site/fr/page.php?id=715&p=psi mentionne une publication
« habitat rural au Moyen Âge en Pays- de-la-Loire et dans les Deux-Sèvres »  par Alain Valais, mais n’indique pas où on peut la trouver.      

-oOo-

 Une brève note de W.-J. Chitty et F. Téreygeol intitulée « Nature des coupelles d’essai : études comparatives entre des matériaux archéologique et contemporain. » sur  http://www-drecam.cea.fr/lps/Phocea/Vie_des_labos/Ast/ast_visu.php?id_ast=345

 "Les recherches d’archéologie expérimentale menées à Melle (Deux-Sèvres, France) depuis quelques années ont permis de mieux comprendre et maîtriser le procédé technique de coupellation à la cendre. Rappelons que cette méthode analytique aboutit au dosage des métaux précieux." etc …

-oOo-

 Indications bibliographiques de http://www.institutduverre.fr/Afaverre/bibliographie.php :

 Nous recommandons l’ouvrage suivant : « Aide mémoire du verre archéologique » par Cabart Hubert
...
 Quelques références parfois difficiles à trouver et d’intérêt général :
… Bertrand I., Objets de parure et de soins du corps d'époque romaine dans l'Est picton (Deux-Sèvres, Vienne), Mémoire de l'Ass. des publi. Chauvinoises XXIII, Poitiers 2003.


-oOo-

 Enfin on peut admirer quelques vieilles cheminées melloises (et même les acheter !) sur
« vieilles pierres du Mellois » http://www.mellecom.com/~vpdm/index_fr.htm

-oOo-

  Si vous trouvez vous-mêmes, en surfant sur le web, des mentions intéressant de près ou de loin l'archéologie melloise, faites-nous part de vos découvertes.
Par François vareille
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Jeudi 21 décembre 2006


 C'est là un mystère qui nous a intrigués plus d'une fois, et  sur lequel nous avons entendu plusieurs hypothèses.




SAINT-FÉLIX (CHARENTE-MARITIME) :

Mur-gouttereau en assises de petits moellons d’un vaste bâtiment rural; quatre rangées de boutisses saillantes y sont visibles
 (d’après Suzanne Jean).



  Emmanuel signale à notre attention un site remarquable :


  On trouve sur ce site un article qui, après avoir recensé et analysé les diverses hypothèses en circulation, propose une explication fondée sur un procédé de construction :

 



L’ÉNIGME DES PIERRES SAILLANTES DANS LES MAÇONNERIES RUSTIQUES :

L’APPORT DE L’ANALYSE CONSTRUCTIVE

par Christian Lassure et Catherine Ropert

 http://www.pierreseche.com/pierres_saillantes.htm


L'article mérite d'être lu, et le site entier vaut la peine d'être exploré.


 





   COMMUNE D’AUSSEING (HAUTE-GARONNE) :

   Tête du mur latéral en pierre sèche d’une petite remise en plein 
   champ; six boutisses parpaignes, disposées à intervalles
   réguliers sur ses
1,95 m de hauteur, solidarisent les deux
   parements.
  (cliché Christian Lassure).


 
Par François Vareille
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