5 Nivôse an 6 : la Boutonne navigable jusqu'à sa source ?

Publié le par Archéomellois

Extrait des Chroniques saintongeaises et aunisiennes - Hippolyte d’Aussy - Saintes - 1857

texte mis en ligne sur http://www.histoirepassion.eu/spip.php?article1465

 

Saint-Jean d’Angély, le 5 nivôse an VI (25 décembre 1797).

 

[…] un projet qui fournirait de nouvelles richesses, conserverait des milliers d’hommes et ferait rendre, dans le port de Rochefort et à bas prix, une immense quantité de bois de construction pour les vaisseaux, bois qui ne peuvent sortir de l’ancienne province de Poitou, par l’impossibilité de les transporter avec des voitures ; les fers pour les arsenaux, les chanvres pour les corderies, les farines et minots pour les armements, qui se fabriquent à Salles, à la Motte-Saint-Héraye et lieux circonvoisins, et dans toutes les saisons ; alors le port de Rochefort deviendrait effectivement le nourricier de celui de Brest et de nos colonies, tandis que, dans la supposition actuelle, il ne peut remplir son indication parce que les farines et minots qui se tirent des lieux ci-dessus désignés, et qui sont destinés pour nos flottes et nos colonies, se transportent par terre jusqu’à Saint-Jean-d’Angély, ce qui en tierce le prix, pour être ensuite embarqués sur la Boutonne […]

 

Tiercer le prix ? En général "tiercer" signifie "diviser par trois". Mais il peut aussi signifier "faire un troisième labour". Ici je crois qu'il faut comprendre, non pas "multiplier par trois"  ("tripler"), mais "augmenter le prix d'un tiers".

L'expression, ainsi comprise, reste ambiguë, puisque augmenter d'un tiers peut signifier passer de 100 à 133, ou de 100 à 150.


Pour vaincre ces obstacles, il s’agit : […]

 

  2° De rendre la rivière navigable, depuis Saint-Jean-d’Angély jusqu’à Chef-Boutonne, distant de sept lieues dans la ligne la plus droite, en indemnisant les propriétaires riverains en raison de la perte de leur propriété compensée avec les avantages opérés par le dessèchement de leurs domaines.

 

J’ai un plan par lequel il est démontré que quatre écluses suffiraient pour le canal, et une cinquième à la tête d’un déversoir, qui serait ouvert pour fournir l’eau nécessaire aux moulins, depuis Chef-Boutonne jusqu’à Saint-Jean-d’Angély, en combinant pendant l’été les besoins de la mouture et de la navigation.

 

[…]  Cinquante mille arpents de terre, depuis Tonnay-Boutonne jusqu’à Chef-Boutonne, qui ne produisent que du jonc et des roseaux, et, dans quelques parties, des herbes de médiocre qualité, et qui, desséchés, deviendraient des champs à blé, à chanvre et des prairies fertiles ; les fleurs odorantes, dont elles seraient couvertes, changeraient l’air mortifique en air vital ; les hommes n’y seraient plus accablés par les maladies causées par les miasmes fétides, exhalés chaque année, pendant l’été, dans ces terrains marécageux  … La population doublerait par le bon air et l’accroissement de l’agriculture et du commerce, qui y amènerait de nouvelles richesses.

 

Les riverains de la Boutonne, accablés par les miasmes fétides, apprécieront. Il n'est peut-être pas trop tard pour changer l'air mortifique en air vital en couvrant les abords de la rivière de fleurs odorantes.

 

Ce texte de 1797, qui paraissait toujours d'actualité en 1857, nous rappelle que pendant des millénaires le transport fluvial a été le plus sûr, le plus rapide et le moins coûteux. Le chemin de fer a bouleversé la donne (1860-1960), remplacé actuellement par les autoroutes et les camions (1960-2012-?). Mais ces camions, dont le bilan écologique est catastrophique, ne paient pas les équipements routiers qu'ils utilisent.

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